"Seule la jouissance complète de la vie nous conduit à la mort paisible. La jouissance n'exige pas nécessairement la possession. La jouissance est dans la parfaite concordance entre la pensée et l'action."Itsuo Tsuda
Aujourd'hui, j'ai joui. A plusieurs reprises. Pas la peine de s'exciter, c'était une jouissance sans sexe. Ce matin je me suis levé et j'ai eu la merveilleuse surprise de voir que la graine que j'avais semé la veille dans un esprit fertile avait fait sa première racine. Je me suis levé dans la joie ! Dans la jouissance de la vie !
Et puis nous avions un programme mes trois enfants et moi, et nous l'avons réalisé ! Petit déjeuné vers 10h00, un peu de jardinage pour eux, du repassage pour moi, puis, on s'est retrouvé autour d'un bon poulet. Et on s'est tous régalé dans la joie encore ! Après notre programme prévoyait d'aller faire du roller sur la nouvelle place de la gare. Elle vient juste d'être refaite avec un revêtement bien lisse, des parcours, des fontaines qui jaillissent à même le sol... Bref un endroit qui me paraissait idéal.
Avant de partir, j'ai eu la trouille. Je me suis dit que si on débarquait à 4 avec nos rollers, skates, et patinettes sur cette belle place toute neuve au revêtement propre comme un sous neuf, on risquait de se faire remarquer et renvoyer jouer ailleurs. Faut pas salir... Je ne savais pas si on était autorisé à faire des ronds dans la sacro-sainte place. Pour un peu j'aurais trouvé un prétexte idiot pour annuler, histoire d'éviter l'éventuel sermon du policier du coin. Et puis je me suis dis qu'on verrait bien sur place. C'est le cas de le dire.
Pas une casquette à l'horizon. Une ou deux familles nous avaient précédé, et personne n'avait l'air de trouver que le patinage soit, ni gênant, ni incongru sur la place. Comme quoi quelque fois, on se fait des nœuds au cerveau pour pas grand chose.
Bref on a patiné dans tous les sens et c'était bien, c'était bon ! A deux à trois, à quatre, tout seul, en zigzag, en slalom, à la queue leu leu, on a rigolé, on a patiné toute l'après midi, on s'est fait du bien tous ensemble... A un moment une de mes filles est venue vers moi avec la banane qui lui fendait le visage et m'a dit : « Papa, ça te fait du bien de retourner en enfance ? »
« Oui ! » ai-je répondu.
Oui, en effet, pourquoi le cacher, il s'agissait bien là de reconnaître la nature des choses telles qu'elles sont, cette spontanéité de l'enfance était bien ce que je vivais pleinement. Rien ne me dérangeait plus, si je pensais virage à gauche, je faisais un virage à gauche, je prenais le vent, la trajectoire comme elle venait, bien concentré sur mes perceptions, mais avec rien dans la tête. Je sentais mon corps osciller sur la trajectoire, quel plaisir !
Ce soir, si la mort venait me chercher, je lui sourirais paisiblement tellement je suis encore rempli de cette joie. Je pourrais mourir heureux, j'en suis sûr.
Tout ça parce que pendant quelques heures j'ai laissé mes prises de tête au placard et je me suis lâché, alignant chacun de mes actes sur mes pensées, fussent-elles aussi hautement « philosophiques » et profondes que « encore un petit slalom », « un petit saut », « on monte la marche », « on la descend », « on la remonte », « hop un 360° à gauche »...
Tout d'un coup cette phrase de Tsuda a pris un sens plus réel. Et ce qui m'amuse c'est que je l'ai relu il y a deux ou trois jours, et ne cessait d'y revenir depuis. Quelque fois on pense que pour évoluer, il faut réfléchir, aujourd'hui, j'ai eu le sentiment qu'il valait sans doute mieux cesser de se prendre le chou et allait patiner un bon coup. Cette phrase de Tsuda a plus de profondeur que je ne l'imaginais, parce qu'elle nous renvoie à la simplicité de vivre. Mais ce n'est pas moi qui ait compris que je l'avais comprise, c'est ma fille.
Vive l'enfance !

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