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Sujets de comptoir

Jeudi 12 octobre 2006

Il y a, à la gare de Châtelet les Halles, une sculpture représentant deux personnages grandeur nature qui s’avancent l’un vers l’autre, les bras tendus en avant.

Cette sculpture était devenue le point de ralliement de sourds et muets. On les voyaient dialoguer avec leur gestes et leurs regards devant les statues qui semblaient les imiter. C’était un beau spectacle de voir ces gens communiquer avec leur handicap au milieu de cette figure de bronze qui leur ressemblait si étrangement. L’œuvre devenait vivante, elle faisait écho au dialogue des sourds et ce n’est certainement pas par hasard qu’ils l’avaient adoptée. C’est une œuvre qui exprimait si bien le désir de se comprendre, de s’atteindre et de se toucher, et la présence des sourds et des muets à côté de ses personnages étaient comme un commentaire vivant de l’œuvre qui lui donnait tout son sens.


Le groupe était posé sur un socle de quelques mètres carrés, ce qui permettait aux sourds et muets de déambuler au milieu des personnages de bronze. Quelque fois on pouvait même croire qu’ils parlaient aux statues ou vis et versa.

Et puis un jour, « on » a mis l’œuvre dans une cage de verre. Les sourds et muets ont petit à petit déserté la place. La grande sculpture dans sa cage a alors perdu tout son sens. Le désir et la difficulté de communiquer qu’elle exprimait si fort en compagnie des hommes et des femmes qui l’habitaient, n’émanaient plus de l’œuvre, trop contrainte dans sa boîte transparente, à une contemplation distante. Aujourd'hui, on ne la regarde plus. On passe devant comme si le verre était devenu opaque. Un jour, ce jour l’œuvre est morte.

Cette mesure à très probablement été prise par soucis de conservation. La patine de bronze du groupe s’usait au contact de ses amis qui la caressaient quotidiennement. C’est donc certainement une mesure conservatoire de protection du patrimoine qui a mis l’œuvre en boîte.


C’est ainsi que les œuvres meurent, que l’art devient d’un ennui mortel et qu'il perd toute la substance que le créateur lui a insuffler.

Ce qui tue l’œuvre, c’est quand sa valeur patrimoniale devient plus importante que sa valeur humaine et sensible, que sa valeur en définitive, créative et artistique, que l’émotion et le sentiment, que sa raison d'être initiale. L’art meurt quand il perd son utilité immédiate. L'utilité de l'art n’est réellement effective que quand l’œuvre est insérée dans la vie et le mouvement, que quand l’œuvre est proposée et non imposée, que quand on prend le risque de la laisser interagir avec nos émotions, sans mise en scène dictée par les pensées conservatrices et patrimoniales.

D’un pas on pourrait poursuivre que les musées sont les cimetières de l’art, des lieux où la sève artistique s'acssèche et se sédimente lentement de salles d’exposition en réserves obscures. Dans ces lieux qui ont institutionnalisé la conservation en boîte, on entasse, on enfle des collections qui s’étouffent d’elles-mêmes et s’endorment dans ces espaces confinés, où la seule interaction possible avec l’être humain devient ses visites provoquées, dont l’émotion dominante, bien loin de la subtile alchimie qui avait liée les sourds et muets à la statue des Halles, ressemble à une sorte d’hystérie collective de consommation de bien culturel.

Même les institutions les plus prestigieuses comme le Louvre ne résistent pas à la folie de l'entassement culturel et déforment ses oeuvres moribondes en sardines collées les unes sur les autres. Quoi de plus triste que cette enfilade de cadres et de pigments qui s'enchevêtrent et s'entrechoquent. Pourrait-on imaginer un seul instant qu'un artiste ait conçu son oeuvre pour qu'elle pende un jour comme cela, au bout d'un crochet de cimaise, au milieu de nos chambres froides culturelles.

Pourquoi nous acharnons-nous toujours à tuer ce qu'il y a de plus vivant dans l'homme?

Par Tristan
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Lundi 16 octobre 2006

En 2004, l’UTAH a voté Bush ! Et pas qu’un peu, c’est l’état qui a creusé le plus gros écart entre Bush et Kerry, plus de 40% ! L’UTAH s’est fait le champion des champions des supporters de la droite républicaine.


Or l’UTAH est peuplé essentiellement de Mormons dont la religion prêche une profonde spiritualité, œuvre pour la charité et l’amour dans le monde. En essence, le mormonisme n’est pas un fondamentalisme religieux. C’est une religion exigeante par sa recherche sincère d’une purification et d’une édification de l’homme dans des valeurs spirituelles.


Comment la conscience collective d’un groupe spirituel tel que celui-là  peut-elle soutenir une politique guerrière, anti-écologique au plan mondial, rétrograde sur le plan des valeurs de solidarité sociale et par dessus tout, dirigée et défendue par un incompétent notoire.


Les Mormons ont fait de Bush leur champion en occultant l’incompatibilité des inepties du candidat et sa cupidité sanguinaire avec leurs propres valeurs de solidarité, de paix, de respect et de préservation de la vie. Comment tout un peuple qui se refuse à boire de l’alcool, fumer, et avaler des excitants pour préserver son corps, peut-il soutenir un va-t-en-guerre comme Bush ?

Les Mormons le peuvent, parce que cette même politique défend deux autres valeurs que les Mormons considèrent comme fondamentales : la famille et la chrétienté. Avoir des valeurs que 'on considère comme au dessus de toute autre aveugle le discernement.

Finalement, le fondamentalisme religieux ne pourrait-il se résumer à cela ?

Et si on s posait question à soi-même, quelles sont les valeurs que l'on considère fondamentales?

Quelles sont ces valeurs que j'aime plus que tout et qui pourraient me rendre idiot au point de devenir borné, bête et méchant?


Par Tristan
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Jeudi 19 octobre 2006
Je lis un passage du « Récits d’un Voyageurs Astrale » de Daniel Maurois et Anne Givaudan. Page 155, je tombe sur une explication de quelque chose que je connais depuis longtemps mais qui est une fois de plus répétée : après la mort physique, l’âme revoit le film de sa vie.

Ce n’est pas Dieu qui nous juge, mais nous qui nous jugeons nous même en ressentant ce que notre vie a fait aux autres. Ce truc est génial et effrayant en même temps, parce que revivre toutes le horreurs que l’on a pu faire ou dire contre les autres doit être absolument abominable. Arrivé à ce qui pourrait être le milieu de ma vie, je crois avoir déjà dit suffisamment d’horreurs et avoir eu suffisamment de mauvaises pensées pour me faire pleurer de honte pendant un temps bien long.

Je me demandais comment se sortir de ce sortilège idiot dans lequel on s’enferme seul. Dans le livre il est dit « c’est nous qui nous jugeons et ne nous pardonnons pas ». Tout d’un coup, cette phrase a raisonné comme une grande lumière dans mon esprit. J’ai compris le sens de ce que signifie le pardon à soi-même. Cela passe par la dérision envers soi-même. C’est à dire la faculté de regarder ce que nous étions l’instant d’avant comme une chose différente de soi. Ne pas attacher d’importance à ce que nous étions il y a quelques secondes avant maintenant, voilà la clé du pardon.

Je me dis que je vais essayé de développer cet état d’esprit en moi. Il faut pour cela se détacher de son identité. Il faut pouvoir se regarder sans s'identifier à ce que l'on était la veille. Et dans ce monde cela n’a pas l’air d’être facile. Mais, vu le ressenti immédiat qui nous attend de l’autre côté du voile, on a intérêt à s’y préparer sérieusement dans cette vie là, car je ne pense pas que l’on puisse facilement improviser l’exercice quand l’heure sera venue. Je vais donc mettre à mon programme de vie le développement de l’auto-dérision de ma personne.

Il me faut commencer par quelque chose. Je vais chercher un sujet sur lequel j'ai été ridiculement idiot, un que je n'ai pas soldé et que je vais solder ce soir...

Bien, je garde aujourd'hui le mauvais souvenir d'une discussion téléphonique pesante dans laquelle je n'ai pas été aimable. Quelque fois j'ai exagéré le temps de certains silences. C'était pas gentil. Puis-je me le pardonner? Est-ce que je peux être tout neuf par rapport à cela et ne pas l'emporter avec moi. Ca m'a l'air possible en me disant que je ferais mieux la prochaine fois. Je vais essayer cela. Si j'y arrive, alors je me serais pardonné je pense.

Et vous c'est quoi le dernier truc que vous ne vous êtes pas pardonné?


VOIR AUSSI
P comme pardonner sur le blog de Marie-Lore,

Pardon sur ce blog
Par Tristan
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Lundi 23 octobre 2006
Progresser est  facile. Il suffit d'accepter de s'humilier toujours un peu plus.

S'humilier dans le sens de l'humilité, pas de l'humiliation. Rare sont les verbes qui se dérivent dans deux substantifs. Celui-là en est un. Le premier substantif, « l'humilité », est caché par le premier, « l'humiliation », et nous fait perdre le sens de l'action contenu dans ce verbe, « s'humilier », pourtant très beau.

S'humilier est une action indispensable si l'on veut avancer vraiment. Le but n'est pas de s'amoindrir. L'ego s'en trouvera amoindri, mais l'être grandi.

Par exemple, quand on nous demande si l'on connaît une chose, et que, bêtement, par réflexe, on dit « oui », alors qu'en fait on ne la connaît pas. On agit par réflexe, en résistance contre la petite humiliation d'avouer son ignorance, non? Et on n'apprend rien, strictement rien de cette situation, n'est-ce pas?

Alors que s'il on avait avoué notre ignorance on aurait appris une chose nouvelle, on aurait progressé dans la connaissance, en acceptant une petite humiliation de rien du tout qui nous aurait rendu plus grand.

Ce soir je vais tenter de m'humilier un peu. Histoire de progresser.
Derrière chacune des attitudes qui excusent notre manque d'audace, chacun de nos blocages, que nous enfermons par des mots que tout le monde comprend et accepte sans rien dire comme s'il s'agissait de la vie normale, il se cache en fait de vrais handicaps à la joie de vivre, et un petit refus de s'humilier.

Ces mots tels que :
-« je suis un peu timide »,
-« je n'ai le temps », (Merci à Marie-Lore pour cette belle contribution)
-« J'resterais toujours tout(e) seul(e) »,
-« je suis né(e) comme ça »,
-« je ne sais pas faire autrement »,
-« c'est trop beau pour moi » (elle est belle celle là non ?) ,
-« je n'en suis pas capable »,
-« je n'y arriverais jamais... », (ça c'est  un must !)
ne sont-ils pas des refuges pour éviter de s'humilier ?

On se préfère handicapé plutôt qu'audacieux. On préfère garder son handicap que d'oser le défier, par peur de ce que penseront les autres de notre éventuelle chute. Le souvenir de nos chutes et notre manque d'humilité  peut  faire de nous des handicapés de la vie.

N'est-ce pas dommage ? Ce soir, je m'attaque au premier !

Chiche !

VOIR AUSSI
C comme CONFIANCE EN SOI sur le blog de Marie-Lore
Par Tristan
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Lundi 6 novembre 2006
Un jour, dans le RER une femme vers la quarantaine est passée dans la rame pour demander quelques sous. Je ne me souviens pas exactement de son discours, ni de son allure, mais j’ai le souvenir qu’elle dénotait par une énergie assez forte.

Une voyageuse compatissante, pour aider pensa-t-elle, lui proposa de lui donner en plus quelques vêtements de femme. L’autre entra alors dans une grande colère et vociféra qu’elle avait sa dignité de femme, et qu’elle achetait elle-même ses vêtements et ne voulait pas de la pitié, ni de la mendicité, mais qu’elle avait juste besoin d’une aide financière ! Elle cria si fort que le wagon entier se retourna, partagé entre ceux que l’histoire faisait rire et ceux qui s’offusquait de tant d’ingratitude.

Ingratitude ?

Au premier abord, c’est ce que je ressenti. On pourrait en effet se dire que cette femme était une belle ingrate. Refuser des vêtements quand on est dans le besoin, au point de mendier dans le métro, refuser avec tellement de colère et mettre cette gentille donatrice dans un tel embarras devant tout un wagon, quelle ingratitude !

Mais en fait non, je ne le crois pas. Car elle n’a fait que refuser quelque chose qu’elle n’avait pas demandé, et cela n’est pas un geste d’ingratitude, mais de dignité. Donner ce qui ne convient pas n’engendre pas la gratitude. Même si cela nous semble être un joli don.

Un don non désiré se transforme en offense.

Nous autres humains somme finalement, et malgré toutes nos revendications de ne pas avoir ce qu’il nous faut, aussi difficile à combler que facile à frustrer.

Mais ce qui est étrange c’est qu’on se plaigne toujours du manque et que l’on ne sache pas reconnaître notre difficulté à recevoir. Pour quelle raison avons nous identifier notre malheur au manque et non à notre manque de réceptivité ?
Par Tristan
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J'étudie et utilise l'astrologie depuis 10 ans et je propose aujourd'hui des consultations orientées vers l'identification des grands scénarii de vie. Le but : mettre en lumière la dynamique de vie profonde, comprendre la répétition des événements et les changements à produire pour réaliser consciemment son chemin de vie.

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