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Permis de parent

Vendredi 16 février 2007

 

 

 

 

 

Je commentais récemment un article sur le blog de Marie Lore, qui se demandait s'il ne faudrait pas passer un permis de parents, en me demandant s'il ne faudrait pas déjà pouvoir prendre quelques leçons de parents.

Cette idée fait cruellement défaut dans notre jolie société. Non ?  En tant que parents on se fait régulièrement reprendre par les psy, les enseignants, les politiques quelques fois même, et les plus féroces, les autres parents ! mais de quelle aide dispose-t-on pour s’améliorer ?

Niet ! Cacahouète ! On a organisé des formations pour toutes sortes de compétences, mais pour le métier de parents, c’est le désert total, comme si être de bons parents était inné ou pire, ne demandait aucune compétence particulière, aucun accompagnement ! C’est plutôt insensé non ?

Imaginons ce que cela pourrait inconsciemment signifier dans notre organisation de société :

-         Conduire la vie d’un enfant demande moins de vigilance et de connaissance que de conduire une voiture (c’est vrai que le code de la route c’est compliqué quand même)

-         Elever un enfant est plus simple que d’élever une vache ou un cochon (eh oui on forme bien les jeunes à l’agriculture non ! C’est un métier ça ! Et on ne forme même pas les parents à l’hygiène ou l’alimentation des bébés, c’est Nestlé qui s’en charge !)

-         Les enseignants et les éducateurs ont un rôle supérieur aux parents dans l’éducation des enfants (ben oui, ils ont été formés, eux, ils ont un diplôme pour exercer, c’est donc qu’on a considérer leur rôle comme nécessitant une formation, ce qui n’est pas le cas des parents)

Je pense qu’on pourrait en trouver d’autres. J’ai tous les jours des vrais cas de conscience dans l’éducation de mes enfants. Ai-je été juste ? Ai-je été trop dur, trop souple ? Comment stimuler l’envie de s’élever ? Quelle est ma responsabilité ?

Ce matin ma fille part à l’école en oubliant la moitié de ses affaires. Elle bulle complètement la pauvre en ce moment. Comment l’aider à changer d’état ? Jusqu’où est-il juste de l’accompagner sans l’assister ? Mais sans assistance et sans conscience, comment va-t-elle s’en sortir ? Que faut-il faire ? Comment accompagner en étant juste ? Quelque fois je la secoue. Ce matin, je l’ai secoué un peu pour qu’elle s’active. Mais je n’ai pas eu conscience de ce qu’elle oubliait. J’avais la tête ailleurs, donner à manger au chat, ranger le beurre, débarrasser le petit dej, activer tout le monde pour être à l’heure… Quelque fois je remarque tout sans faire d’effort, mais ce matin non. Je n’ai pas vu. Alors c’est quoi la responsabilité dans ces cas là ? Quand je suis présent et posé je vois bien et j’accompagne. Quand je ne suis pas présent à 100%, je suis faillible. Est-ce une faute professionnelle de parent ou est-ce le droit à l’erreur ? Le métier qui rentre.

On se sent très vite coupable en tant que parent parce qu’on ressent très profondément la souffrance et le désarrois de nos enfants. Alors on exige de soi une perfection tellement difficile à atteindre. Il y a du bon : cela rappelle qu’il faut être présent et vigilant à ce qui se passe, et du moins bon : quand les échecs se transforment en culpabilité.

Comment s’aider en tant que parent ? Que pourrait-on faire pour apprendre pour mieux gérer et articuler responsabilité, sensibilité et culpabilité pour être de meilleurs parents, plus efficaces, plus justes et plus libres ?

C’est quoi le programme pour un cours de parents ?

Par Tristan
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Dimanche 18 février 2007
Le titre n’est pas de moi, il est de ma fille A., celle qui se blottit dans les bras de son frère. Je lui ai demandé l’autorisation de faire cet article sur elle aujourd’hui. Au début elle m’a dit, non. Ensuite oui d’accord mais sans dire son nom. Puis d’accord pour dire le nom. Je n’ai pas eu a insisté, elle a accepté toute seule la démarche que l’on pouvait raconter cette belle histoire. Je lui ai proposé un titre, et elle a préféré « L’amour entre frère et sœur ». Je ne l’ai pas montré mais quand elle m’a proposé ce titre, une émotion m’a traversé et j’ai eu envie de pleurer, un pleur de joie, de ceux qui vous remonte du ventre jusque dans la gorge et les yeux en déclenchant une petite vague de bien être dans le cœur.
Mais pourquoi tout ça ?
Voici l’histoire. Cet après-midi, on est allé faire du roller. Le temps était magnifique, une douceur printanière extraordinaire. Oh quel bonheur après ces mois d’humidité et de froid (même assez relatif cette année) que de pouvoir passer une après midi dehors à jouer et patiner en se prenant la main. A un moment A. descendait à vive allure et son frère lui a brusquement obstrué le chemin, sans méchanceté, mais avec cette étrange attraction qui nous pousse parfois à faire des mauvais gestes sans le désirer consciemment. A. tombe. Sans se faire très mal, mais avec beaucoup de peur. C., son frère, désolé, se retourne et s’empresse de la consoler par une belle embrassade et une douce attention. Mais A. est vexée et elle résiste à ce câlin.
Elle patine. Je la rattrape et la sert dans mes bras et lui susurre à l’oreille.

- A., il faut accepter le câlin de C. Il faut l’accepter.
- Non il m’a fait tomber.
- A. il faut accepter son amour maintenant. C’est la chose la plus difficile et la plus courageuse au monde, c’est difficile, mais il faut le faire.
- Non, il a fait exprès
- A., il est venu vers toi, si tu n’acceptes pas ce câlin, c’est que tu veux la guerre, il n'existe rien entre les deux, est-ce que tu veux la guerre ?
- Non
- Alors vas-y, dis lui que tu acceptes son câlin.

Et elle y est allé. Je suis reparti, et quand je me suis retourné en patinant, j’ai vu un câlin magnifique de quelques secondes. Celui là est immortalisé dans mes yeux. Celui que vous voyez, est une reconstitution que l’on s’est offerte pour nous souvenir de cet instant.
Dans leur deuxième câlin, la seconde qui suivait la photo, ils sont tombés ensemble cette fois, mais dans les bras l’un de l’autre et on a tous rigolé. Finalement on s’est rendu compte qu’une chute pouvait même être un beau moment à partager.
Je ne sais pas ce qui m'a inspiré cette parole, mais je sais que ce qui a déclenché le changement et la prise de conscience d'A, c'est quand je lui ai fait part de mon sentiment qu'entre l'amour et la guerre il n'existait rien d'autre. A chaque fois que nous retenons un câlin, une réconcilliation, un moment de tendresse, sommes nous conscient à quel point nous entretenons réellement la guerre?
Faisons comme C. et A., apprenons à faire chuter ce qui retient notre amour.
Par Tristan
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Mardi 20 février 2007
J'essaye de répondre à vos commentaires sur « Cours de parents », mais cela soulève tellement de questionnements qui ne tiennent plus dans un simple commentaires, que je les traite en mini article : réponse à Bocaillou

Oui je suis bien d'accord, le permis de parents, c'est une farce. On en a suffisamment comme cela, des permis pour ne pas en rajouter. Mais cette idée un peu subversive soulève un vrai débat sur nos "compétences" de parents.

Si le permis de voiture n'a pas éliminé les morts sur la route, je ne pense pas qu’il faille en conclure qu’il n’y a pas contribué. Notre société ne semble pas encore suffisamment civilisée, ni évoluée pour s’auto discipliner et évoluer avec finesse et délicatesse, sans aucune limite ou avertisseurs. Ca me désole, parce que je suis d’une nature plutôt optimiste et j’aimerais bien que tout le monde soit libre de faire tout ce qu’il veut, mais il semble que l'on ait encore besoin de rappels pour éviter les drames inutiles.

Ce qui a fait le plus efficacement baisser le nombre de morts sur la route ces dernières années c'est le déploiement de radars un peu partout. Et c’est un exemple très intéressant.
Pour une fois, le but n'était pas de punir bêtement, puisque tous ces radars sont annoncés suffisamment à l'avance pour que l'on règle sa vitesse sans se faire flasher. Ils sont comme des gros avertisseurs de dépassement de vitesse, des rappels de bonne conduite, au lieu d’être des punitions de mauvaises conduites. Et ça change tout. Au début je trouvais qu’il y avait un côté ridicule, dérisoire et hypocrite à voir les gens freiner à l’approche des radars et que les gens allaient probablement massivment accélérer aussitôt le radar passé. Aujourd'hui, les chiffres - baisse sensible de la vitesse moyenne et du nombre de morts - montrent qu’avec un rappel de la conscience efficace, l’envie de respecter une règle de bonne conduite évolue vers le bon sens. La punition bloque, le rappel stimule.

Finalement, la conscience  humaine pour évoluer, même si elle n'a pas forcément besoin de permis pour tout, à quand même encore massivement besoin d'être réveillée avec des moyens encore assez primitifs, des sonnettes à mauvais comportements.
A quand le détecteur de hurlement qui signalerait aux parents qu’ils ont dépassé le nombre de décibels supportable par un enfant ? Non je blague… Quoi que…
Par Tristan
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Mardi 20 février 2007
J'essaye de répondre à vos commentaires sur « Cours de parents », mais cela soulève tellement de questionnements qui ne tiennent plus dans un simple commentaires, que je les traite en mini article : réponse à Emmanuelle.

Que les profs n'aient pas éliminé l’échec scolaire ne signifie pas que nous ne soyons pas ignorants, pour une large part, de tant de choses.
L’échec d’un système ne doit pas nous faire conclure à l’échec du progrès et de l’éducation.

Des petites choses très pragmatiques : qui sait qu'à partir de 2 ans un corps humain n'est plus fait pour digérer du lait et que chaque litre de lait avalé après cet âge pollue le corps?  Des gens le savent, mais la masse l'ignore et continue de polluer le corps des enfants en croyant bien faire. Parce que Nestlé et consort nous promettent le bonheur : « Buvons du lait ! » Il manque réellement un apprentissage de notions élémentaires de parent dans notre société.

La nocivité que nous pouvons perpétuer malgré nous a ses racines dans notre ignorance. Et cette nocivité est aussi bien physique que psychique.
Une étude a démontré que le succès déclenche des sécrétions de jouissance et que chez l'enfant, l'amener de succès en succès, en partant de SON niveau, aussi bas soit-il, c'est l'entraîner à être plus intelligent et plus heureux, plus vite. Mais on continue pourtant d'humilier les" mauvais". Quand on humilie un enfant, il ne sécrète plus ses hormones de plaisirs que l’on associe au travail bien fait, et il perd le goût de bien faire. Qui sait cela?

Quand on sait on peut choisir.  Et lentement apprendre à se défaire de nos vieilles habitudes, mauvaise alimentation, humiliation... Mais aujourd'hui on n'en est même pas à réellement vouloir que les gens sachent, cela mettrait trop de choses en question dans la société. Quel ministre de la santé sera capable de soutenir un plan de réduction de la consommation du lait devant son ministre de l’économie et de l’agriculture ?

Alors si on s'organisait un peu pour se raconter tout ce que l'on a appris sur l'être humain, ses besoins, son développement et son éducation ? Qu’attendons nous pour prendre en charge l’éducation des parents ?
Par Tristan
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Vendredi 23 février 2007

Je réponds encore à vos commentaires sur « Cours de parents », par un mini article : réponse à Marie-Lore.


« Tu comprendras quand t'auras des enfants ».
J'ai l'impression que ce qui se cache derrière cette affirmation, c'est  exactement l'inverse ! C'est plutôt quand on est pris dans nos relations avec nos enfants qu'on ne comprend plus grand chose. 
Un enfant crée une  relation tellement prenante sur le plan affectif, qu'on est vite collé à ce qui se passe et qu’on perd le recul. Ce sont les instincts et les émotions qui parlent, on projette son vécu, ses désirs... sans s'en rendre compte. On fait des grosses bêtises, on ne voit pas ce qu’on fait, on ne comprend pas ce qui se passe, bref on devient autiste tellement la relation de parent est  prenante. Bénéficier de la vision de quelqu’un qui n’est pas impliqué est une grande chance. Encore faut-il savoir la gérer.


On aurait pu reformuler en disant, "Tu comprendras peut-être à quel point il m'est difficile de prendre du recul sur ma relation avec mon(es) enfant(s), quand tu feras cette expérience unique d’être parent, mais aujourd'hui je reconnais que tu as un recul plus grand que le mien sur la situation que je vis, même si j'ai du mal à l'accepter".

S’il n’est pas facile d’accepter les justes paroles de l'autre, il n’est pas évident non plus, quand on perçoit une situation de faire passer ces messages ultra-sensibles. Toucher à la relation d'un parent à son enfant, c'est comme promener sur sa chair une lame affûtée. J'ai vécu une situation de famille recomposée dans laquelle le recul qui aurait pu être utilisé à profit a en fait été une source de conflits. Il y avait une forme d'intolérance, d’impatience et d'incompréhension dans le fait que celui qui était collé à la vitre avait du mal à voir ce qui se passait et à prendre du recul. Et les mots au lieu de guider vers la lumière, faisaient saigner les coeurs.

Quand on a le pouvoir de voir ce qui se passe chez l’autre, je pense qu’on a aussi la responsabilité de l’amener à voir par lui-même, à son rythme, et sans jugement. Ouvrir les yeux, quand on les a gardé longtemps fermés, c’est éblouissant. Il faut s’habituer lentement à la lumière. Si on les ouvre trop vite, on se les brûle. C’est douloureux et finalement, cela déclenche le réflexe de les refermer très vite et très fort pour se protéger.
 « Tu comprendras quand t'auras des enfants », on dirait des yeux qui se referment après un flash de lumière.


Accompagner un « mal voyant » demande patience, amour et détachement. Si on veut aller trop vite, c’est à dire, plus vite que ce que l’autre se sent capable de réaliser, plus vite que ce que sa propre confiance en lui lui permet de faire, on risque de tout bloquer. C’est un peu comme si on voulait prendre un aveugle par la main et lui faire traverser la route en sprintant !
Voir et savoir prendre la main ne suffisent pas. Il faut aussi guider sans perdre la confiance. Cela demande de s’harmoniser avec l’autre, d’écouter ces rythmes, ces peurs à dépasser, ces démons à chasser.
On a pas idée de ce que nos meilleures intentions peuvent avoir d’effrayant pour l’autre.

Par Tristan
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