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Jeudi 8 janvier 2009
Voilà, on arrive avec cette belle conclusion au terme de ce moment particulier et privilégié que j'ai souhaité consacer à ce témoignage hors du commun. Le texte est un peu long pour être lu et apprécié pleinement comme cela sur Internet, mais, il est important et la conclusion est très touchante.
Alors en ces temps de bombardements et de crises, je remercie encore Joris de m'avoir autorisé à publier son texte, pour diffuser une vision plus humaine, pleine d'espoir de ce conflit à travers son regard juste sur les gens, la vie; un regard qui nous sort un instant de l'abrutissement des images.
Voici donc sa conclusion.
Tristan


Conclusion


On pourrait sans doute m’objecter que mon propos n’est pas équilibré, pro- palestinien en un mot.  Mais comment tenir un propos équilibré devant une situation déséquilibrée ?  

J’ai parlé au début, de ma vision d’un juste règlement du conflit. Et bien cela passe par la fin de l’occupation.

A l’inverse de ma mère, je n’ai pas été dégoûté de mon voyage. J’ai été choqué par certaines choses que j’ai vu, mais pas au point de refuser de retourner en Israël.

Ce voyage ne m’a pas rendu pessimiste, ne m’a pas usé, mais m’a au contraire remis en relation avec les choses essentielles desquelles notre vie peut être trop confortable nous éloigne.
Car, au-delà de la situation révoltante, j’ai vu des forces par lesquelles des individus pourtant écrasés par des conditions de vie déplorables et indignes ont dans les yeux quelque chose que je n’ai que rarement rencontré en occident, ou du moins avec la même intensité : une certaine luminosité, un élément insaisissable et pourtant profondément réel qui trahit d’avantage de présence à la vie, d’éveil intérieur, de capacité à redonner à ce qu’on pense son poids de réalité. Cette luminosité n’est pas fonction du statut de résistant, puisque le militant le plus acharné peut tout à fait l’avoir perdu.

Au fond qu’est ce que la résistance, la véritable résistance ? Elle ne consiste pas à user de la violence ou à commettre des actes désespérés mais à maintenir et cultiver cette lueur de l’esprit visible a travers le regard.

Cette lueur c’est le véritable trait d’union entre Palestiniens et Israéliens, ce qui fait les hommes égaux, parce que c’est par ce biais que parfois ils se comprennent au-delà de ce qui les opposent.

Et par ce biais également que nous pouvons espérer nous comprendre, nous occidentaux et eux dans ce lointain moyen orient, au-delà de la pitié qu’ils peuvent nous inspirer ou de l’aide matérielle qu’on peut leur apporter, ce qu’ils peuvent nous offrir, ce qu’ils m’ont offert, ce sont des leçons d’humanité.
Joris Caunes
Par Tristan - Publié dans : Hommage
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Mercredi 7 janvier 2009
Je regarde rarement les informations TV, une ou deux fois par mois environ. Hier j'ai vu les reportages sur Gaza.
C'est impressionnant ces fumées, ces blindés, ces sirènes, ces militaires en tenue de compbat ces gens qui courent désespérés. On ne sait même plus où l'on est. Ce sont toujours les mêmes images : Bagdad? Gaza? émeutes dans les cités ? Le conflit est un produit banalisé et les images se suivent et se ressemblent sans que notre sensibilité réelle à la Vie et à la souffrance ne soit interpelée.
En ces temps de reportages médiatiques sans saveur et sans odeur, je suis bien content de vous inviter à la lecture de cette troisième partie du texte de Joris Caunes sur son voyage en Palestine en 2005. Je remercie encore Joris pour m'avoir autorisé à le diffuser.
Si vous avez une sincère envie de mieux ressentir ce que signifie la vie dans cette partie du monde, lisez.



Deuxième tableau


Nous arrivons à Hébron. Avant d’arriver j’ai entendu ceux qui connaissent la Palestine affirmer que cette ville est la plus spectaculaire, la plus dure… mais aucun détail, aucune information supplémentaire ne m’est parvenue. Je ne sais donc pas pourquoi cette ville est un foyer de tension extrême.

Après un repas copieux, nous débutons une visite de la ville en demi-groupe. Notre visite débute dans la nouvelle ville, nous traversons un marché foisonnant de monde, et au fur et à mesure que nous avançons vers la vieille ville, les rues deviennent vides, désertiques. On nous explique que par différents moyens, les Israéliens ont incité ou forcé les habitants de la vieille ville à partir pour assurer le bien être et la sécurité des quelques 400 colons implantés en plein cœur de l’agglomération.

De temps à autre nous voyons un magasin ouvert ou une maison encore habitée au milieu de ces rues fantômes. On remarque des impacts de balles, des vitres cassées, des bâtiments endommagés, qui témoignent des combats qui ont eu lieu dans cette ville. Quand on lève les yeux, on voit des positions de soldats israéliens sur les toits des maisons.

Alors que nous passons devant un magasin ouvert, un homme d’une cinquantaine d’année nous propose de monter sur le toit de sa maison pour voir de haut la ville et la colonie. Nous montons des escaliers, traversons sa maison. Arrivés en haut, nous voyons, à 5 mètres de nous, un soldat dans un petit enclos qui monte la garde. Notre hôte nous explique que, pour aller à leur poste, les soldats traversent sa maison…

Nous nous consacrons ensuite à la vue qui s’offre à nous. A 100 mètres, se tient un cimetière laissé à l’abandon dans lequel broutent des chèvres. C’est un cimetière musulman qui se trouve au milieu des habitations juives.

Nous n’osons pas trop prendre de photos à cause du soldat au-dessus de nous, ostensiblement mécontent de notre présence. Nous nous y risquons quand même car c’est un moyen de nous apaiser. Par ce biais nous pourrons témoigner des choses invraisemblables que nous avons vu et que nous allons voir.

En effet, le sentiment diffus d’oppression que nous ressentons depuis notre arrivé en Palestine, il y a deux jours, devient tangible, réel, au spectacle de l’organisation urbaine. Nous pouvons ainsi en prendre conscience, et par la même nous en distancier quelque peu.

Juste en dessous de nous, des enfants de colons âgés d’une dizaine d’année jouent dans une cour. Quand ils nous voient, nous touristes du coté des « arabes », ils commencent à jeter des pierres dans notre direction. Ce geste venu de la part de si jeunes personnes est déconcertant… Je sens une crispation en moi.
 
Quand, dans le silence, nous commençons à nous diriger vers l’escalier pour descendre, notre hôte entreprend de nous expliquer ce qui est, je pense, sa manière de résister à l’occupation, c’est à dire son combat acharné pour rester habiter dans sa maison, chez lui :
 
Il lui à déjà fallu se soumettre à toutes les mesures de l’occupant visant à chasser la population palestinienne de la ville. Des couvres feux quasi-permanents pendant de longs mois, la fermeture de certains lieux de passage qui obligent à des détours parfois énormes. Il lui faut supporter le harcèlement des colons particulièrement fanatiques dans cette ville, et armés de surcroît.

Son histoire personnelle est encore plus tragique que ce quotidien qu’il nous a décrit. Il nous raconte de quelle manière l’armée a fait pression sur lui pour qu’il vende sa maison. D’abord, ils lui ont proposé 1 million de Dollars. Il a refusé. Ils l’ont menacé. Il a tenu. Un de ses 10 enfants est mort. Ils ont réitéré leurs menaces. Il à refusé de plier. Un deuxième de ses fils est mort.
Il conclut la discussion en nous disant qu’il à encore 8 enfants et qu’il restera jusqu’au bout.
 
Nous redescendons dans la rue. Je suis troublé par le sourire mélancolique avec lequel il nous a raconté un tel vécu. Je n’ai pas le temps d’engager une réflexion plus poussée car, dans la rue dans laquelle nous débouchons, nous venons de découvrir au-dessus de nos têtes un grillage qui couvre le ciel. Celui-ci est couvert d’ordures. On nous explique que les Palestiniens ont mis ce grillage pour empêcher les ordures que leur lançaient les Israéliens de leur tomber dessus. Depuis, nous dit-on, les Israéliens lancent leurs eaux usées.

Là, mon dégoût atteint son paroxysme. J’ai envie de pleurer. Mais je ne sais pas pourquoi, je trouve le fait de pleurer déplacé quand je vois ceux qui vivent ça tous les jours, qui supportent la tension palpable qui règne dans cette ville au quotidien, tenir leurs larmes et leur colère. Moi qui vais rentrer chez moi dans une dizaine de jours, je n’estime pas avoir le droit de craquer.
 
Nous poursuivons notre route. Je suis l’un des derniers. Une vieille femme passe dans le sens inverse du notre. J’entends un bruit d’eau qui tombe. La vielle femme ainsi, que quelques filles du groupe, ont reçu de l’eau sur la tête. La vieille confie, « pour dédramatiser » que ce n’était là que de l’eau.  


La situation de la ville d’Hébron est particulière. En effet une colonie est implantée au cœur de la ville, alors que, généralement, les implantations Juives sont situées sur des collines et autour des villes palestiniennes.
La raison de cette situation particulière est religieuse. Le tombeau des patriarches où est enterré Abraham, se situe au milieu de la ville. C’est pour cette raison que 400 colons habitent là, protégés par 2000 soldats. Ces colons-là sont particulièrement fanatiques et agressifs dans leur comportement envers les Palestiniens.
    
En dépit de cette situation particulière, Hébron permet de voir la logique de l’occupation. La différence entre Hébron et les autres lieux que j’ai visité, c’est qu’ici, la haine, l’humiliation, le refus de l’existence de l’autre… on peut les prendre en photos.
Tout est matérialisé : la haine, on la voit à travers les enfants de colons qui jettent des cailloux ; l’humiliation, elle est visible à travers les ordures qui assombrissent certaines ruelles.

J’ai bien sûr vu des choses semblables ailleurs, mais elles sont moins spectaculaires, moins immédiatement visibles.
Ailleurs il est possible, à qui ne veut pas comprendre ce que je décris, de penser qu’une scène d’humiliation est accidentelle.
Tandis qu’à Hébron, il paraît évident que ces situations d’humiliation et ces manifestations de haine ne relèvent pas de l’exceptionnel, mais de l’ordinaire.
 
La visite d’Hébron conforte l’impression profonde que les internationaux qui se rendent en Palestine ont tous, à savoir que l’occupant tente de des-humaniser les Palestiniens, de les empêcher de vivre dignement.

Ce ne sont pas que les ordures et les cailloux qui me font dire cela. Bien d’autres situations, bien d’autres exemples vont dans ce sens.
Par exemple : pendant certaines périodes, l’armée coupe l’eau à la population. Il arrive que pendant de longues périodes, les Palestiniens n’aient de l’eau que une ou deux heures par jours. Pendant les grandes opérations militaires, les soldats s’installent dans les maisons et cloisonnent les familles dans une pièce.
Ou encore, pour fouiller les maisons palestiniennes, l’armée, au lieu de passer par la porte, troue les murs. Les exactions, les mauvais traitements sont monnaie courante aux check-points, bien que des militants israéliens courageux observent les agissements des soldats à certains check-points.
Autre exemple, de nombreux champs d’oliviers sont rasés, parce qu’ils se trouvent sur le tracé du mur en construction. Les Palestiniens ont le droit de travailler les champs annexés par le mur, mais une seule personne aura l’autorisation d’y aller. Sans véhicule.
De même à l’époque de la récolte des olives, des internationaux viennent s’interposer entre les colons et les paysans palestiniens, sinon les colons ne laissent pas les paysans faire leurs récoltes.

Enfin, les permis de construire sont délivrés par les autorités israéliennes. Or les permis de construire ne sont délivrés que très rarement. Les Palestiniens construisent donc des maisons sans permis. Et il arrive souvent que, quelques temps après leur construction, les maisons soient détruites. Un jour, des soldats arrivent avec des bulldozers et disent aux habitants qu’ils ont une demi-heure pour ramasser leurs affaires.    
Voilà quelques exemples qui illustrent ce que l’on peut appeler le quotidien de l’occupation. 

J’aimerai très brièvement m’interroger sur la situation de ceux qui sont les auteurs des divers agissements que j’ai évoqués. Car je me suis posé la question du comment on peut en arriver là ! Qu’est ce qui pousse ces colons et ces soldats à avoir si peu de considération pour leurs voisins palestiniens ?

Difficile pour moi de répondre. Ce que j’ai compris et vu, c’est que pour lancer ses ordures sur son voisin il est indispensable de ne pas le connaître, de fantasmer sur sa nature, de croire qu’il veut nous tuer, de ne pas le considérer comme égal à nous-même, partageant la même humanité. Sans cela, il est impossible de lui lancer des ordures sur la tête !

Plus généralement, je crois que l’occupant perd sa morale avec l’occupation. Une phrase de Abraham Burg, l’ancien président travailliste du parlement israélien, résume très bien cette idée. Elle dit : « Nous ne sommes pas un Etat du mal, ni une société du mal, mais nous avons perdu le sens du mal ». L’occupant peut user sans retenue de sa force physique mais, au fur et à mesure qu’il écrase l’occupé, la morale n’est plus dans son camp, il perd le sens du mal, et donc également le sens du bien.

Pour en revenir aux Palestiniens, ce que je trouve intéressant dans cette petite histoire, c’est la façon de résister de cet homme dont les soldats traversent la maison et qui a perdu deux de ses fils.
Pourquoi s’acharne-t-il à rester dans sa maison alors que cela lui coûte tant, alors qu’avec l’argent qu’on lui propose, il pourrait certainement s’en acheter une plus grande ?
Parce que ce combat lui permet de garder sa dignité en résistant, à sa manière, à l’occupation.

Ce cas est emblématique d’une résistance quotidienne et pacifique qu’on ne perçoit pas d’ici. D’une résistance multiforme, qui déjoue tous les jours les contraintes et les restrictions nées de l’occupation.

Les routes sont parsemées de check points, mais les Palestiniens trouvent des routes de contournement.
Tout semble fait pour que les Palestiniens deviennent des gens sans culture, sans enseignement, et pourtant il s’agit du « pays » arabe qui possède le plus haut niveau d’enseignement.
Tout est fait pour inciter les Palestiniens à partir, ils trouvent les moyens de rester.
Malgré le climat de peur qui leur est imposé, ils font la fête.
Des oliviers sont coupés, les Palestiniens en replantent.

Nous sommes donc dans une situation où chaque sourire, chaque acte positif, comme négatif, est résistance, parce que l’occupant en veut à l’existence même des Palestiniens sur ce lieu.
Tout acte d’humanité sur ce sol est donc, par la force des choses, un acte de résistance. Une résistance, et une humanité, visibles dans les yeux et dans la façon d’être des palestiniens !

*****


Voilà. Ce deuxième tableau est saisissant non ? Demain je vous donnerais à lire la conclusion de ce discours. Je me rappelle quand j'ai découvert ce texte. Je l'ai découvert de la voix de ce jeune homme de Terminal. Il avait placé un pupitre sur une scène dont les rideaux était à moitié tirés. Il parlait avec force, précision et conviction. L'émotion dans la salle était palpable et il fut salué par une belle ovation. Quand je relis ce texte, l'émotion est encore là. Ce n'est pas un effet de manche, un truc pour développer une sensibilité émotive, mais il s'agit là d'un vrai discours qui touche parce qu'il part d'une vraie expérience et la restitue avec un engagement personnel, pas avec un détachement calculateur.

Voyez-vous et sentez-vous cette différence? Quand on nous sert des images à la TV, l'envie de faire de l'audimat crée un détachement calculé, et il ne passe que des impressions qui ont pour but de toucher notre sensibilité émotive non maîtrisée. On veut juste nous faire réagir de manière compulsive. Dans un état où l'on est atteint dans notre sensibilité par des images choquantes, on devient vulnérables et on développe des comportements compulsifs.
Ici, dans ce discours, c'est l'engagemnt humain personnel qui crée le lien avec l'histoire pour atteindre notre coeur et non le faire palpiter par des impressions fortes. On peut alors vraiment ressentir.

Demain la suite et la fin de ce texte avec la conclusion.
Par Tristan - Publié dans : Belles phrases venues d'ailleurs
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Mardi 6 janvier 2009
Voici la deuxième partie. Vous allez pouvoir entrer dans ce pays et mieux comprendre son quotidien.
Souvenez-vous de ceci : l'intérêt fondammental de ce texte n'est pas de chercher à savoir qui a raison ou tort dans ce conflit, ni de porter des jugements. L'intérêt serait plutôt de le lire et de le découvrir en se demandant quelle forme de jugement on a, ou on a eu, sur ce conflit et de constater à quel point ces jugements nous éloignent de la compréhension du réel. 
Place au texte.




Premier tableau

Après plusieurs heures de route, arrivée à destination. En vérité nous ne sommes pas loin de notre point de départ. 20 km ? 40 ? 50 ? En tout cas pas plus de 100 car c’est la longueur de la Cisjordanie. Mais nous avons dû passer plusieurs check-points. Et cela prend du temps, parfois beaucoup de temps.
Pourtant les conditions de circulation n’ont jamais été aussi bonnes depuis le début de la deuxième Intifada, en 2000.

J’ai fait le même périple chaque jour, pourtant ce n’était jamais le même itinéraire.
A chaque contrôle le temps d’attente est variable.
La nature du contrôle est variable.
L’humeur des soldats est variable.
La file d’attente est variable.
Tantôt il faut attendre beaucoup pour un court contrôle, tantôt le contrôle est long.
Parfois on nous laisse passer, et parfois le passage nous est refusé. Quand c’est le cas, parfois ce refus est justifié, d’autre fois, non.


On compte en Cisjordanie plus de 600 check-points. 600 points de contrôle sur un territoire plus petit qu’une région française.
Il y en à partout. Ils segmentent le territoire en petites enclaves, entravent les échanges commerciaux, rendent difficile la circulation des personnes.
Quand l’état major Israélien le décide, toute circulation est impossible.

Quand les Palestiniens veulent sortir de leurs villes, de leurs camps de réfugiés, ils doivent passer par ces points de contrôle. Ceux qui, pour aller travailler doivent passer tous les jours par des check-points ne savent pas à quelle heure ils vont arriver, et si même ils vont arriver.
« Ici, on ne peut pas se donner rendez vous a heure fixe » : on entend souvent cette phrase dans la bouche de Palestiniens.

Ici, le temps ne semble pas avoir la même valeur que celle que je lui connais. Tous les repères temporels semblent brouillés, dans la mesure où rien n’est prévisible.

Chaque individu a pourtant besoin de gérer son temps, mais, les check-points dépossèdent les Palestiniens de leur temps.

J’ai vécu cette situation avec le sentiment de ne pas être en possession de ma propre volonté d’agir.

Lorsque les repères temporels qui structurent notre vie sont brouillés cela se répercute sur notre état mental. En somme la déstructuration des repères temporels entraîne une déconstruction psychologique.

Ce qui m’a frappé, c’est la manière avec laquelle les soldats des check-points considèrent le temps de ceux qu’ils contrôlent. Notre temps, et surtout celui des Palestiniens n’a manifestement pas de valeur. C’est comme s’il n’existait pas, les soldats le traite avec indifférence.
Ils donnent l’impression de se situer dans une autre temporalité, où tout est long, rien ne peut être pressé, pas même les ambulances.

En effet, un contrôle qui pourrait durer un quart d’heure, peut durer une heure, deux heures ou plus. Cette lenteur rallonge du même coup la file d’attente prolongeant l’attente de ceux qui doivent être contrôlés.
 
Et au bout d’un moment cela conforte l’idée que l’un des motifs principaux de la présence de ces check-points est d’entraver les Palestiniens dans leurs mouvements, compliquant ainsi considérablement leur vie quotidienne : aller à l’école, à l’université, au travail, rendre visite à sa famille, donner naissance à un enfant, aller à l’hôpital… toutes ses choses ordinaires, deviennent en Palestine une épreuve, une action risquée et incertaine.      

 * * * * * *
Voilà pour la deuxième partie de ce texte. Pas de sang, pas de violence, pas de char ni de mitraillette. Seulement la maîtrise du temps. On a tous entendu parlé des centaines de fois des checkpoints, mais avions nous une seule fois ressenti réellement ce que signifie le fait de perdre la maîtrise du temps?

Vous allez comprendre demain, que nous sommes très loin de savoir apprécier réellement ce qui se passe dans une zone occupée, dans un conflit. Quelque fois un reportage nous montre des gens malheureux, des pleurs, du sang de la violence et nous croyons comprendre. En fait non, on ne comprend pas grand chose.
Ce serait sans conséquance si on évitait de porter des jugements. Mais le problème c'est que l'on se permet toute sortes de jugements et de pensées sur des choses que nous ne comprenons absolument pas. Or la pensée et créatrice, et sans le savoir, nous participons à ce conflit en émettant nos idées.

Et nos idées sur ce conflit se construisent avec nos croyances, nos a priori, nos valeurs matérialistes et nos peurs, les images qu'on nous envoies, les opioinons qu'on nous inculquent qui sont devenus plus importants que notre sensibilité à la Vie et notre humanité.

Pouvons-nous cesser cela et désirer une paix sans jugement? Pouvons nous ouvrir à la réalité, la ressentir et émettre le désir d'une paix sincère, profonde et complète plutôt que de cultiver des apriori sur la manière dont il faudrait que cela se règle ? qui a raison ? qui a tort ? qui doit gagner ou perdre ?

Demain la suite avec le deuxième tableau.

Par Tristan - Publié dans : Belles phrases venues d'ailleurs
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Lundi 5 janvier 2009
J’ai vu ce matin plusieurs « Une » de journaux qui titraient sur la guerre en israélo-palestienne. Or il se trouve qu’il y a quelques jours un jeune homme m’a autorisé, à ma demande, à publier un texte qu’il a écrit sur ce conflit il y a deux ans environ. C’était à l’époque un étudiant en Terminal et sa conscience particulièrement sensible, claire-voyante, éveillée et impliquée m’avait marquée. Je lui avais demandé une version écrite de son texte que j’ai conservée et que je souhaite maintenant vous faire partager.

C’est un texte assez extraordinaire qui propose de voir le conflit de l’intérieur au lieu de le consommer avec les yeux d’un journalisme désuet et aveugle qui est devenu aussi froid qu’un blindage de char. Lisez ce texte. Lisez-le et entrez dans ces ruelles pour ressentir ce que la guerre veut réellement dire, dépassez l’imaginaire aseptisé des écrans et des papiers journaux et allez à la rencontre d’une âme humaine, celle de l’auteur qui, à peine teenager, à oser faire le voyage, mais aussi les âmes de ces personnages de l’histoire.

Ce qui se passe en Palestine, cette guerre qui dure depuis plus de 60 ans est un symbole fort de l’état de conscience de paix ou d’hostilité de la terre tout entière. Ce lieu est le berceau des religions monothéistes juive, chrétienne et musulmane et ce conflit représente celui de la foi ou de la peur, du manque ou de l’abondance, de la croyance dans le fait que la vie est plénitude ou inquiétude, joie ou malheur. Dans chacun des camps ont trouve toute ses valeurs et ce qui domine encore hélas, c’est le manque, la peur, la terreur, l’inquiétude et le malheur, ce qui enfle le conflit sans cesse.

Nos pensées à l'égard de ce qui s'y passe, notre écoute humaine ou notre colère partisane font partie de ce conflit.

Ouvrez vos cœurs à cette compréhension différente de ce conflit et laissez-vous approcher par un sentiment humain qui ne recherche ni coupable, ni victime, mais plutôt une compréhension sincère. Peu importe que l’on soit d’accord ou pas avec le point de vue de l’auteur, peu importe qu’il ait raison ou non, ce qui importe c’est de vibrer avec cette même envie de ressentir la vie, de l’honorer, de lui rendre grâce et de bâtir l’espoir, de voir la lumière de l’esprit dans le cœur et les yeux des gens, dans ces circonstances si particulières.

Lisez, rappelez-vous que l’auteur était un simple élève de Terminal et saluez cette conscience.
Le texte est en 4 parties. J’en publierai une par jour pendant 4 jours. Voici l'introduction du texte de Joris.
Tristan



  Introduction

Quand j’étais petit, avec ma mère, on s’était promis que, quand je serai grand, on irait à Bethlehem ensemble. Mais elle ne voulait pas retourner en Israël/Palestine tant qu’il n’y aurait pas la Paix. En effet son voyage, dans les années 70, l’avait fortement marquée.

J’ai gardé l’envie d’aller en Palestine et quand j’en ai eu l’occasion, sachant la paix encore lointaine, j’ai décidé d’y aller, sans ma mère pour cette fois ci. Au-delà de l’envie de voir Bethlehem, presque oubliée avec le temps, c’est avec l’envie de comprendre que j’ai entamé ce voyage.

Ainsi au mois d’août dernier, je suis parti dans les territoires palestiniens. Pendant deux semaines, avec un groupe de français et de Palestiniens, nous avons sillonné la Cisjordanie, visité des villes, rencontré des gens...
Ce voyage a eu lieu du 4 au 20 août 2005. Nous étions une trentaine de Français, Luxembourgeois et Suisses, et une quinzaine de Palestiniens. Nous vivions dans un centre de jeunesse prêté par l’autorité palestinienne, situé au nord de la Cisjordanie, prés d’un camp de réfugiés.
J’ai donc eu l’occasion de prendre conscience de la réalité de ce pays qui n’existe pas encore en tant qu’entité juridique.   
        
On a tous entendu parler du conflit Israélo-Palestinien. Les médias nous en relatent fréquemment les aspects évènementiels. J’ai pris conscience en allant là bas d’une chose capitale qui permet d’appréhender ce qui est de l’ordre de l’événementiel, une chose que les médias ne relatent pas : la réalité quotidienne de l’occupation militaire Israélienne.
Avoir conscience de ce qu’est l’occupation au quotidien me paraît indispensable à toute compréhension de la situation.

Voilà pourquoi je vais essayer de vous décrire et de vous faire comprendre cette réalité de l’occupation telle que je l’ai perçue.
D’abord, de façon générale que veut dire occupation ?
 
C’est une situation de domination territoriale, sociale, politique, et administrative. L’occupant contrôle physiquement le territoire de l’occupé. Le rapport de force entre les deux protagonistes est inégal. L’occupant est libre de ses actions et personne n’est en mesure de l’arrêter ou de le modérer.
L’occupation s’immisce dans la vie quotidienne, elle est une forme de confrontation permanente qui pousse tôt ou tard à l’affrontement. L’occupé en vient à la résistance.
 
Et l’occupant, face à cette résistance utilise la répression, et réduit les libertés de l’occupé, ce qui l’infantilise et l’humilie d’avantage. L’occupé résiste alors de plus en plus et toujours plus violemment. Il subit une répression toujours croissante.

Voilà le cercle vicieux auquel l’occupation mène. Ce cercle n’est brisé que lorsque l’occupant met fin à l’occupation. Et dans les territoires palestiniens, cela fait prés de 40 ans que cela dure.
 
Lorsque je parle de l’occupant, ce sont bien sûr des Israéliens dont il s’agit, mais il s’agit avant tout d’un système dans lequel personne ne gagne. La situation reste conflictuelle tant que la situation d’occupation n’a pas cessé.
 
Pris dans l’engrenage de ce qu’est une situation d’occupation, et de ce qu’elle engendre, l’occupant perd ses repères moraux, parce qu’il s’habitue à une situation qui n’est pas normale.
L’occupé, détruit, résiste de façon désespérée à l’occupation. Et les formes de sa révolte peuvent s’égarer loin d’un juste rapport avec la cause défendue.

Vous allez sûrement vous demander si je suis un pro palestinien ou un pro israélien ! Il est si naturel de vouloir classer quelqu’un d’un côté ou d’un autre.
Pour éviter que vous ne me mettiez arbitrairement dans une de ces deux catégories, je vais vous dire ce que je suis :
Je crois que le clivage pro-palestinien, pro-israélien est un faux clivage.
Je suis pour la création d’un Etat palestinien indépendant, pourtant je n’ai pas été ravi, dernièrement, de voir le Hamas arriver en tête des élections législatives palestiniennes.
J’ai rencontré des gens formidables en Israël : ce n’est pas pour autant que je soutiens la politique de maintient de l’occupation menée par Ariel Sharon et son successeur. Je ne suis ni pro-palestinien ni pro-israélien.

J’ai certaines idées concernant ce que pourrait être un règlement juste du conflit et je soutiens, en fonction de cela, ceux qui agissent dans cette direction.
 Il y a donc ceux qui agissent pour une paix juste et ceux qui l’empêchent. C’est là que se situe le véritable clivage.

Mais il faut mettre de coté toutes ces classifications pour pouvoir rentrer dans les faits et les laisser parler. C’est ce que j’aimerai que nous fassions ensemble.  

Il ne s’agit pas d’un discours général, à partir de considérations géopolitiques, historiques ou stratégiques, mais d’une plongée au cœur d’une expérience personnelle vécue afin d’examiner conceptuellement ce qu’elle contient.

Pour cela je vais composer deux tableaux narratifs à partir des situations que j’ai rencontrées, des perceptions que j’ai eu, et des ambiances vécues pendant mon voyage, puis replacer ces récits dans un contexte général.
 
Tout mon propos va tourner autour de cette question :
Quelles réalités recouvre le mot « occupation » en Palestine ?

 * * * * * *

Demain la suite avec le premier tableau, bonne soirée à tous et à toutes.
Par Tristan - Publié dans : Belles phrases venues d'ailleurs
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Mercredi 31 décembre 2008
J’ai connu une drôle de fin d’année. Une cascade d’événements m’a quelque peu perturbé et contraint à un arrêt de trois semaines.
Je n’en avais pas l’habitude, et je n’étais guère enthousiaste à l’idée de faire une pause, trop habitué à penser que pour avancer, il fallait faire quelque chose.

Quelles drôles d’idées on a dans la tête. Dès que l’on rencontre une difficulté, on pense que pour la résoudre il faut faire quelque chose, et chaque seconde qui passe qui n’a pas apporté sa contribution à la résolution de nos soucis devient une seconde de perdue, des secondes qui font des minutes , des minutes d’inquiétudes qui se transforment en heure, des heures en jours, des jours en semaines… STOP !

Comment peut-on espérer résoudre quoi que ce soit en égrainant ainsi notre inquiétude et en ressassant nos difficultés. Cela finit forcément par un arrêt un peu brutal. Un genre d’électroencéphalogramme plat de la volonté qui vous mets devant l’obligation de ressentir ce qui se passe au lieu de vouloir contrôler ce qui ne se passe pas encore et ne se passera peut-être jamais.

Au bout d’un moment, si l’on accepte vraiment de ne rien faire, et de ne rien pouvoir faire, on commence d’abord par s’observer penser et voir que 90%¨de notre activité est une réactivité à tout ce qui se passe autour de nous. Puis un peu plus tard on arrive à observer ce qui se passe et à lire les événements non plus sous leur angle le plus dramatique et le plus effrayant, mais sous leur aspect le plus adapté à ce que nous avons à comprendre, à vivre et à être.

On commence alors à changer de stratégie, on décide de ne plus rien entreprendre qui nous pompe d'avance notre énergie, notre enthousiasme et notre joie de vivre. On s'accroche à cette petite sensation nouvellement acquise que procure le fait de faire ce que l'aime qui petit à petit nous amène à aime ce que l'on est.

Enfin, quand on a expérimenté un peu tout cela, il arrive un moment où ce que les autres attendent de nous, ces obligations qui ne nous aident pas, ces demandes sans reconnaissance, ces soumissions entretenues par des attitudes mesquines et des agressions oppressantes, finissent par nous sembler profondément contre nature et injuste. On se surprend alors à ne plus considérer de la même manière ces personnes et leurs demandes, à les voir faisant partie d’un autre monde que le nôtre, un monde qui commence à perdre sa consistance, tandis que le nôtre grandit comme un continent qui naîtrait de la mer.

Ce n’est pas pour autant que l'on méprise le monde des autres. Non, il s’agit d’un autre état. Petit à petit, apprendre à se voir réagir, apprendre à ne plus réagir, écouter ce que l’histoire qui se déroule nous enseigne, replace les individus qui nous entourent à leur place d’acteur d’un grand jeu en leur ôtant le poids de leur assurance.

On apprend à jouer et cela devient amusant. On se rate, on ré-essaye, on se rate en core on réessaye. On réussi, on se sent fort, on sent qu'on peut tout faire. Mais une petite voix cette fois vous rappelle à l'ordre, "non non non, ce n'est pas ainsi que cela marche". Alors on se ravise.

On apprend aussi à mieux se reposer, à se féliciter de ses propres réussites, à ne rien programmer de plus grand que ce que l’on peut faire et réussir avec plaisir et une énergie suffisante.

Les réussites reviennent alors comme par miracle. Les portes s'ouvrent, les nuages épais se dissipent, les peurs s'étiolent, et le soleil commence à chanter. La vie nous envoie plein de petits signaux qui balisent un nouveau chemin.

Le vrai plaisir de vivre commence alors à prendre corps.

2008 se termine ainsi pour moi, avec un regard nouveau sur la vie, une joie merveilleuse de découvrir la route devant moi et un esprit un tantinet espiègle à l'idée de jouer une nouvelle partie.

Alors je remercie du fond du cœur, tout ceux et celles qui m’ont accompagné, quelqu’en fut la manière, douce ou brutale, amicale ou hostile, à poser mes premiers pas en 2009 enrichi de cette merveilleuse expérience et de ce nouvel état d'être.

Bonne et heureuse année 2009 à vous tous !
Par Tristan - Publié dans : Petits et grands moments de la vie
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